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25 ans de dette (le jour où mon corps a dit stop)

8 sept.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 sept.



C’est le premier jour officiel de mon activité indépendante de coach en parentalité positive. Dit comme ça, ça semble tout simple. Mais croyez-moi, avant d’en arriver là, le chemin a été long, compliqué semé de doutes et d’embûches...je vous raconte.


Lorsque j’ai commencé ma carrière d’assistante sociale (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans...), jeune, enthousiaste, pleine d’espoir, j’étais convaincue qu’à force d’empathie et de bonne volonté, il était possible de changer les choses. Par “les choses” je veux dire, l’injustice sociale, les discriminations, l’inégalité des chances. Rien de moins.


Hélas, vous vous en doutez peut-être, j’ai vite déchanté en arrivant sur le terrain, dans un service social polyvalent de secteur, dans lequel : 

  • des agents de sécurité protégeaient les assistantes sociales dont les bureaux étaient protégés par une porte à code, 

  • les bureaux d’accueil ne disposaient ni de papier, ni de stylo, ni de fil sur les appareils téléphoniques

  • les photocopieuses n'étaient plus rechargées que de papier rose (compliqué pour établir un dossier de surendettement)

  • les toilettes étaient dépourvues de papier hygiénique.

  • les aides que je pouvais proposer se réduisaient comme peau de chagrin et toute mon empathie et ma bienveillance ne suffisaient pas à aider les personnes à trouver un logement, un travail, un centre de soin pour leur enfant handicapé, un lit où dormir le soir...


Et j’en passe. (je raconte tout cela en détails dans mon livre Chroniques de vies ordinaires 2008, Fleuve Noir, disponible d’occasion ou en bibliothèque)


Lorsque j’ai pris mes fonctions, j’étais enceinte de mon premier fils, je suis arrivée en plein mois d’août et personne n’était vraiment présent pour m’accueillir. Dès le deuxième jour, un incendie s'est déclaré dans le service. Au bout de ma première permanence sans rendez-vous (6 rendez-vous s’enchainaient en une matinée), j’ai craqué : j’ai été arrêtée par le médecin et je ne suis revenue qu’après la naissance de mon fils.


C’est là que le tunnel vie professionnelle/vie de maman a commencé à se creuser. Car l’équilibre vie personnelle/vie professionnelle n’existe pas dans ces moments. Quelle vie personnelle ? Pour ma part, je n’en avais pas. Ou peu.


Bien sûr, la situation s’est largement aggravée lorsque, quelques années plus tard, j’ai eu mon deuxième enfant. Comme j’avais coutume de le dire à l’époque, un enfant + un enfant ne s’additionne pas, c'est plutôt exponentiel en termes de charge mentale et physique. A ce moment-là, j’avais quitté depuis plusieurs années le service social de secteur : je n’ai pas tenu bien longtemps et j’ai revu - bien malgré moi - mes idéaux à la baisse.


J’évoluais dans un service social du personnel et mes conditions de travail étaient incomparables à celles de la polyvalence de secteur, dans le bon sens. J’avais du temps pour accompagner les personnes, et des moyens concrets pour les aider. Cela m’a réconcilié avec le métier d’assistante sociale. 


Cela dit, j’éprouvais toujours une immense fatigue, que je refoulais tant bien que mal, refusant de l’écouter. J’avais mieux et plus à faire : m’occuper de mes deux enfants qui venaient d’être diagnostiqués l’un après l’autre TDAH et DYS. Avant de comprendre leurs difficultés, j’ai tâtonné, essayé à tout prix de les faire entrer dans une case qui ne leur correspondait pas, et ça a été catastrophique pour tout le monde (je vous raconterai ça une autre fois). Trouver le bon spécialiste, poser un diagnostic, mettre en place une tonne de suivis (erreur aussi, je vous raconterai), courir partout, tout le temps, PAP, PAI, AESH, TDAH, DYS, MDPH, notre quotidien s’est transformé en acronyme. Le mot VIE ne ressemblait plus à autre chose qu’un parcours d'obstacle pour réparer.


Mais réparer quoi ? 


Il m’en a fallu du temps pour comprendre qu’il n’y avait rien à rafistoler, ni à redresser, que mes enfants ne rentreraient jamais tout à fait dans les cases et que finalement, ce n'était peut-être pas plus mal. J’ai fini par comprendre qu’en acceptant cela : mes enfants tels qu’ils étaient, pleinement, totalement, je les libérais des injonctions sociétales, et je me libérais moi-même par la même occasion. Enfin, je leur donnais toutes les chances de s’épanouir en ayant cette confiance en eux et en sachant que je serais toujours là, à leurs côtés.


Je dis souvent que mes enfants m’ont fait grandir. C’est vrai. Ils le font encore aujourd’hui. D’avoir su lâcher prise m’a permis d’être plus à l’écoute, moins figée, plus souple. Comprendre leurs besoins (en étant attentive et en me faisant accompagner autour de la parentalité) leur a permis de dérouler une scolarité beaucoup plus douce. Nous avons coopéré, et c’était tellement bien de fonctionner comme une équipe ! Aujourd’hui, ce sont de jeunes adultes qui s'épanouissent et trouvent peu à peu leur équilibre dans la vie. Et surtout, nous avons gardé ce lien spécial. Je souhaite à tous les parents de connaître ce bonheur (même si la vie n’est pas rose tous les jours !) 


Mais je m’égare.


La fatigue donc. Une fatigue sourde, puissante, contre laquelle j’ai lutté pendant des années. Une fois que mes enfants ont grandi et sont devenus de plus en plus autonomes, j’ai voulu penser à moi, et notamment, évoluer professionnellement. Je me suis formée au handicap, aux RPS, on m’a confié de plus en plus de responsabilités, que j’ai acceptées avec enthousiasme. J’avais besoin d’en faire toujours plus, pour mettre à mal cette fatigue de fond. Car si je m’écoutais, si je m’arrêtais, je savais que je m’effondrerais et que je risquais de ne pas me relever.


Quelques changements de postes et de fonctions plus tard, comme l’évidence le prévoyait... j’ai chuté, et je ne me suis pas relevée. C’était en mars 2025. Je pensais reprendre un ou deux mois plus tard... Mais mon corps n’était absolument pas de cet avis. J’ai commencé à lâcher, enfin... et la fatigue m’a envahie. Elle a pris toute la place. Je n’avais pas voulu l’entendre, maintenant elle se fait comprendre, c’est elle qui mène la danse. J’ai 25 ans de dette envers elle !


Alors, lorsque ce projet – accompagner les parents qui rencontrent ces difficultés - est né, j’ai compris (par la force des choses) que j’allais enfin devoir m’écouter. Ce n’est pas facile du tout, vous l’imaginez sans doute. Et je travaille constamment à faire taire cette petite voix qui me fait passer pour une fainéante, une paumée, une mauvaise mère (si, si on en est encore là !).


Work in progress comme on dit ! 


Aujourd’hui, après avoir livré quelques batailles, je me sens plus respectueuse de moi-même, plus bienveillante, et prête à être aux côtés des parents.

Car je sais à quel point on peut se sentir seul et perdu face à des comportements, des réactions que l’on ne comprend pas. Je veux transmettre à mon tour ce que j’ai reçu et  compris de ces années parfois compliquées : il est possible de s’élever mutuellement avec ses enfants.



2 commentaires


Bonjour Valérie, je ne sais pas si tu te souviens de moi, on ne s'est jamais rencontré mais connues par blog interposés il n'y a pas loin de vingt ans. Mon pseudo était LadyM. Je te souhaite pleins de bonnes choses pour l'avenir. Murielle

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Bonjour Murielle, oui je me souviens ! On parle encore d'un temps que les moins de 20 ans...Me voilà repartie dans le blogging on dirait ! Merci de ton message, beaucoup de belles choses à toi aussi ! Valérie


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